Philosophie économique Un état des lieux

Sous la direction de Gilles Campagnolo et Jean-Sébastien Gharbi
Collection : E-conomiques

38,00 €

  • Livre papier
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En France, la tradition de philosophie économique est brillamment illustrée : la publication d’un « état des lieux » en fournit le référent francophone, un panorama aussi complet que possible afin de s’y orienter. La critique que peut porter la philosophie économique se comprend comme un partage bien pensé entre bon et mauvais usage de la raison, comme méthodologie ainsi que comme ontologie, une discussion du rôle des sciences adjacentes (comme la psychologie), de l’usage des normes, des modes de raisonnement, l’explicitation des bases trop souvent dans l’ombre de l’analyse économique vue en ses champs d’application multiples : simulation, analyse institutionnelle, finance et autres enjeux.

Les contributeurs du présent volume, connus pour leur expertise dans leurs champs respectifs, en proposent un examen représentatif des tendances actuelles. Le collectif ici réuni s’inscrit dans une tradition, celle des Leçons de philosophie économique coordonnées par Alain Leroux et Pierre Livet, qui avait marqué une étape dans ce domaine. La philosophie économique comprise comme mise en question réflexive de la discipline trouve avec le présent état des lieux un nouveau jalon : au titre d’un regard épistémologique, il offre à nouveaux frais la carte d’un champ en plein essor, et ce avec une ampleur renouvelée par les auteurs francophones ici rassemblés. Le but des coordinateurs du volume est de fournir un vade-mecum pour philosophes et économistes soucieux de compréhension mutuelle.

Voir les résumés dans la rubrique "Médias".

Auteurs Catherine Audard, Antoinette Baujard, Gilles Campagnolo, Mikael Cozic, Ricardo F. Crespo, Claude Gamel, Jean-Sébastien Gharbi, Cyril Hédoin, Maurice Lagueux, Pierre Livet, Jean Magnan de Bornier , Yves Meinard , Denis Phan, Emmanuel Picavet, Franck Varenne, Bernard Walliser, Christian Walter, Danielle Zwarthoed
Titre Philosophie économique
Sous-titre Un état des lieux
Édition 1re
Date de publication Février 2017
Sous la direction de Gilles Campagnolo et Jean-Sébastien Gharbi
ISSN 2490-8800
ISBN 978-2-37361-057-4
eISBN 978-2-37361-058-1
Support eBook PDF ; Livre papier
EAN13 Papier 9782373610574
EAN13 PDF 9782373610581
Nombre de pages 648
Nombre de figures 10
Dimensions 16,4x24
Prix livre papier 38 €
Prix eBook PDF 20,99 €

Introduction Philosophie économique, un état des lieux (page 3)

Gilles Campagnolo et Jean-Sébastien Gharbi

I. L’articulation entre philosophie et économie

II. Le choix des mots : comment appeler l’interaction entre philosophie et économie ?

III. À propos de la définition de la philosophie économique

III.1. Philosophie économique et théorie économique

III.2. Philosophie économique et pluralisme

III.3. Philosophie économique et histoire de la pensée économique

IV. L’intérêt grandissant pour la philosophie économique

V. Y a-t-il une tradition francophone en philosophie économique ?

V.1. Des traditions distinctes en philosophie économique ?

V.2. La langue : une question cruciale

VI. Une nouvelle tripartition pour un état des lieux panoramique

VII. Les contributions réunies dans cet ouvrage

Partie I

Philosophie morale et politique, et économie politique

Chapitre 1 Une critique de la conception utilitariste de la personne et de l’agent économique (page 51)

Catherine Audard

I. Rawls et la conception utilitariste de la personne et de l’agent économique

I.1. Le principe d’utilité : une conception publique de la justice ?

I.2. Les avantages de la morale conséquentialiste

I.3. Deux présupposés philosophiques

II. La critique rawlsienne

II.1. Le caractère distinct des personnes

II.2. La confusion entre coordination et coopération

II.3. La capacité à hiérarchiser les préférences : anticipation et liberté de choix

III. Vers une dénaturalisation de la conception de l’agent comme être en développement

III.1. Rawls et la conception kantienne de la personne

III.2. Rawls et l’individualité comme développement de soi (Mill)

IV. Quelques conséquences pour le Welfare State

IV.1. La critique du Welfare State

IV.2. La démocratie de propriétaires : Rawls et Meade

Résumé. La vision utilitariste de la personne et de l’agent économique a dominé la conception de la «bonne» société et du Welfare State au XXe siècle. Mais elle comporte de sérieuses difficultés concernant la place de la liberté dans la conception du bien-être et elle peut avoir des conséquences morales et politiques profondément illibérales. L’intérêt de la critique rawlsienne est multiple. Philosophiquement, elle conduit à une dénaturalisation de cette vision où le développement de soi autonome, pas seulement la survie et la satisfaction des besoins de base, devient le telos de la croissance économique. Politiquement, elle remplace l’individu maximisateur par le citoyen mû par le principe de réciprocité. Economiquement, elle peut alors inspirer un changement de paradigme en direction d’une nouvelle conception du Welfare State, celle de la «démocratie de propriétaires» (Property-owning democracy) où une redistribution ex ante ou prédistribution doit compléter les transferts sociaux ex post.

Abstract. The utilitarian vision of persons and economic agents has dominated post-war conceptions of the ‘good’ society and of the Welfare State. However, it is marred with numerous theoretical and moral difficulties, in particular concerning the role of freedom in the constitution of welfare. It can be shown to produce illiberal consequences as Rawls has insisted in his Theory of Justice. The value of his criticism of utilitarianism is multiple. It leads, philosophically, to a de-naturalisation of the human subject, which is no longer a passive recipient of benefits and allocations, but takes an active part in her welfare and plans of life. Politically, it suggests a conception of the person as citizen mobilized by the principle of reciprocity and, economically, a defence of a ‘property-owning democracy’ in contrast to the Welfare State.

Chapitre 2 « L’économie du bien-être est morte. » Vive l’économie du bien-être ! (page 77)

Antoinette Baujard

I. Sur les comparaisons interpersonnelles d’utilité

I.1. Du recours aux comparaisons à leur remise en cause

I.1.1. Des comparaisons objectives mais normatives

I.1.2. Compensation sans comparaison entre utilités subjectives

I.2. De l’impossibilité du choix social au retour des comparaisons

I.2.1. Le théorème d’Arrow

I.2.2. La nécessité des comparaisons interpersonnelles

II. L’économie scientifique et l’économie du bien-être

II.1. L’ambition scientifique

II.1.1. La genèse d’une science sociale

II.1.2. Une science de la sphère matérielle pure et neutre

II.2. Béhaviorisme ou flexibilité interprétationnelle des préférences

II.2.1. Du béhaviorisme au béhaviorisme latent des préférences standards

II.2.2. L’autonomisation des préférences standards

III. Une épistémologie autonome pour l’économie du bien-être

III.1. Opérationnalité et neutralité

III.1.1. Une vaine ambition de la neutralité

III.1.2. L’échec de l’opérationnalisme

III.2. Activité et normativité de l’économie du bien-être

III.2.1. De la distinction à l’articulation entre positif et normatif

III.2.2. De la prescription à l’évaluation, l’art de l’économie normative

IV. Conclusion

Résumé. L’économie du bien-être a beaucoup évolué au cours du XXe siècle, jusqu’à entrer, disent certains, dans une impasse qui lui est fatale. Les controverses sur la possibilité et la pertinence des comparaisons interpersonnelles de bien-être sont réputées permettre d’expliquer cette évolution. Nous opposons à cette lecture standard une autre explication, essentiellement épistémologique et liée à la qualité opérationnelle de l’utilité. Des conséquences importantes découlent de cette option, notamment quant au rôle de l’économie du bien-être dans l’action publique.

Abstract. Welfare Economics has evolved dramatically through the twentieth century and, so some say, bumped into a dead-end. The controversies about the possibility and the relevance of interpersonal comparisons of utility are supposed to explain this evolution. I here present and defend an alternative explanation, mainly related to epistemological reasons and operational stakes. There result some important consequences, in particular, concerning its role for public action.

Chapitre 3 Économie de l’égalitarisme libéral. Réflexions pour mieux concilier libéralismes politique et économique (page 129)

Claude Gamel

I. Actualité d’un vieux débat

I.1. Une question de cohérence : « néolibéralisme » versus « égalitarisme libéral »

I.2. Égalitarisme libéral : de la philosophie à l’économie

II. Les premières priorités à peu près balisées

II.1. La primauté de « l’égale liberté d’accès à l’emploi »

II.2. L’égalisation des « capacités-potentialités »

III. Le débat sur l’économie du « principe de différence »

III.1.Redistribution forfaitaire du produit des « capacités-ressources »…

III.2. …ou égalisation de la « liberté réelle » de chacun ?

IV. Conclusion : autres défis encore à relever

IV.1. L’économie du principe de différence : suite et fin ?

IV.2. L’économie de l’égalitarisme libéral, ici et maintenant

Résumé. Pourquoi le libéralisme, longtemps perçu comme une philosophie émancipatrice de l’individu face à l’arbitraire du pouvoir politique, est-il souvent considéré aujourd’hui comme une philosophie de la soumission au despotisme des marchés ? Face à un tel défi, il convient de mieux concilier libéralismes politique et économique, par une réponse au moins aussi cohérente que le néolibéralisme hayékien, mais plus acceptable par les individus et les peuples. L’égalitarisme libéral d’inspiration rawlsienne pourrait selon nous fournir la trame d’une telle réponse, à condition que cette philosophie soit prolongée par son économie. En s’appuyant notamment sur des contributions d’auteurs aussi différents que Sen, Kolm et Van Parijs, on recense alors des analyses à peu près balisées – « égale liberté » d’accès à l’emploi (1) et égalisation des «capacités-potentialités» –, aux deux premiers niveaux de la théorie de la justice de Rawls ; mais le débat, au dernier niveau, sur l’économie du principe de différence reste ouvert, entre, d’une part, la redistribution forfaitaire du produit des «capacités-ressources» et, d’autre part, l’égalisation de la «liberté réelle» de chacun. En conclusion sont évoqués d’autres défis encore à relever, qu’il s’agisse d’éventuelles issues au débat sur l’économie du principe de différence ou des possibilités de mise en œuvre, ici et maintenant, de toute l’économie de l’égalitarisme libéral.

Abstract. Whereas liberalism has been long assumed as an emancipatory philosophy of the individuals facing with any arbitrary political power, why nowadays is it often considered as the philosophy of the submission to the despotic institutions of the market? This challenge commands to conciliate in a better way political liberalism and economic liberalism, so that the entire proposition has to be at least as consistent as Hayekian neoliberalism, but also it has to be more easily acceptable to individuals and peoples. We think that liberal egalitarianism with Rawlsian inspiration could give our question a suitable answer, provided that economics extends philosophy. If we consider contributions of authors as diverse as Sen, Kolm and Van Parijs, we can find analyses which are more or less identified – “equal liberty” of access to employment and equalization of “capabilities-potentialities” -, at the first two levels of the Rawlsian theory of justice; but, at the last level, the debate on the economics of the difference principle is still open: on one hand, we have the lump sum taxation of the product of the “capacities-resources” and, on the other hand, the equalization of the “real freedom” of everyone (3.2). As a conclusion, we notice that others challenges are to be met, namely the findings of potential solutions in the debate on economics of the difference principle or of possible implementations here and now of the whole economics of liberal egalitarianism.

Chapitre 4 Philosophie économique de la propriété (page 181)

Jean Magnan de Bornier

I. La propriété duale dans un monde hiérarchique

I.1. Thomas d’Aquin

I.2. Le droit naturel

I.3. Jean-Jacques Rousseau

II. La propriété de soi

II.1. Locke et le second Traité

II.2. Les successeurs optimistes de Locke

II.3. Les successeurs critiques de Locke

II.3.1 Propriété des fruits

II.3.2 Propriété des instruments

III. L’utilité

IV. Quelques approches alternatives des fondements

V. La propriété intellectuelle

VI. Conclusion

Résumé. On décrit et analyse dans ce chapitre la théorie économique de la propriété à travers trois ontologies principales. La première approche est celle qui fonde la propriété sur un modèle hiérarchique (typiquement un monde où Dieu et ses créatures interagissent); la deuxième approche explique et justifie la propriété privée comme conséquence de la «propriété de soi», et la troisième prend comme fondement l’utilité. Ces trois branches de l'analyse de la propriété privée et des biens communs s’appliquent en premier lieu aux biens matériels, mais leur degré de pertinence pour la compréhension de la propriété intellectuelle, qui soulève des problèmes particuliers, est l’objet de la section finale de ce chapitre.

Abstract. We describe and analyze in this chapter the economic theory of property through three main ontological principles. The first line is that which understands property within a hierarchical model (typically one where God and his creatures interact); the second line provides an explanation and a justification of private property based upon «self-ownership», while the third relies on utility. These three branches of the analysis of private and common property are primarily directed towards material goods, but we also study in the last section how accurate they are for the understanding of intellectual property, where special problems appear.

Chapitre 5 La justice intergénérationnelle (page 215)

Danielle Zwarthoed

I. La justice entre générations fait-elle sens ?

I.1. Le problème de la non-existence

I.2. Le problème de la non-identité

II. Quelles obligations avons-nous à l’égard des générations futures ?

II.1. Le suffisantisme intergénérationnel

II.2. Welfarisme et justice entre générations

II.2.1. Utilitarisme et épargne intergénérationnelle

II.2.2. Les enjeux éthiques du taux d’actualisation

II.2.3. Le problème de la formation des préférences futures

II.3. Rawls et la justice intergénérationnelle

II.3.1. Position originelle et générations futures

II.3.2. Le principe de juste épargne

III. Comment mettre en œuvre la justice intergénérationnelle ?

IV. Conclusion

Partie II

Epistémologie et méthodologie économique

Chapitre 6 L’ontologie de l’économie selon Aristote et la théorie économique actuelle (page 259)

Ricardo F. Crespo

I. Facettes de l’oikonomike aristotélicienne : une ontologie de l’« action économique »

I.1. Une action humaine

I.2. Une capacité humaine

I.3. Une habitude humaine

I.4. Une science humaine

I.5. Quelques conséquences déduites de l’analyse ontologique de l’oikonomike chez Aristote

II. Conséquences éthiques de l’oikonomike aristotélicienne

III. Conséquences d’une conception aristotélicienne en politique et économie politique

IV. Quelques enseignements épistémologiques à tirer en économie des leçons d’Aristote

V. Une brève conclusion

Résumé. L’ontologie de l’économie selon Aristote est le sujet de la présente étude sur la notion d’Oikonomikè, le terme séminal utilisé par le Stagirite. Le mot est un adjectif, pas un nom. Or pour Aristote, les noms expriment des entités ou des êtres, tant des êtres autosuffisants que des propriétés incidentes. Les adjectifs expriment presque toujours, quant à eux, des accidents. Quel type d’être est donc alors «l’économique» ? Cette interrogation suscite l’analyse des conséquences éthiques, politiques et épistémologiques de cette différenciation fondamentale. S’en suivent les contraintes s’exerçant sur la science économique et le besoin d’institutions formées selon la nature ontologique spécifique à «l’économique» telle que la conçoit Aristote.

Abstract. This chapter deals with the ontology the economy according to Aristotle. Oikonomiké, the seminal term used by him, is not a noun but an adjective. For Aristotle, nouns express entities or beings, both self-sufficient beings and accidental properties. Adjectives almost always express accidents. What kind of being is ‘the economic’? This analysis will suggest some ethical, political and epistemological consequences for economics. They concern the constraints of economic science and the need for institutions according to the peculiar ontological condition of ‘the economic’ as conceived by Aristotle.

Chapitre 7 L’ontologie de l’économie (page 283)

Pierre Livet

I. Une ontologie relationnelle

II. Ontologie et formalisme

III. Ontologie et recherches expérimentales

IV. Les paramètres nécessaires sont manquants ou erronés

Résumé. L’ontologie sous-jacente de la théorie économique n’implique pas d’entités substantielles, mais seulement des relations. Ainsi la théorie de la décision définit l’agent par des relations de préférences, et une relation à des états possibles, qui sont eux aussi définis par des relations (distributions de probabilité, ou relations entre mondes possibles). Elle se passe donc de substances individuelles. Les relations qui définissent un agent individuel  le constituent comme tel au lieu de le présupposer. Il s’agit de relations dites constitutives.  Cela peut poser des problèmes, puisqu’on peut montrer  que certains axiomes – le principe de la chose sûre, le principe d’indépendance par rapport aux alternatives non pertinentes – visent à ne pas tenir compte de certaines relations constitutives qui renvoient à un contexte plus large. Or les travaux de psychologie et d’économie expérimentale montrent que ces relations contextuelles, par exemple la structure de représentation des options dans un choix probabiliste, sont  décisives.  L’additivité des probabilités est elle aussi une manière de réduire la sensibilité à la structure, et il a fallu relaxer cette condition  et recourir aux capacités de Choquet. Les modèles économiques semblent avoir pour fonction de rendre compte de plus de relations constitutives contextuelles avec des relations formelles qui en donnent les versions les plus réduites compatibles avec l’expérience.

Abstract. Once made explicit, the ontology of economic theory does not imply substances but only relations. In theory of decision, economic agent is defined bur preferences relations, and relations to possible states that are also defined by relations (probability or relations between possible worlds). No individual substances are needed. These relations are “constitutive” of the agent instead of presupposing it.  Problems arise when economists become conscious that formal principles (sure thing principle, principle of independence from irrelevant alternatives) require not taking into account some constitutive relations that refer to larger context. Research in experimental psychology and economics show that these contextual relations matter (for example the importance of the structure of the relations between the alternatives in a decision problem). Additivity of probabilities is a property that reduces sensitivity to structure, but Choquet capacities fit better experimental results. Economic models try to give an account of as many contextual constitutive relations as possible with as limited as possible formal relations.

Chapitre 8 Méthode scientifique et modes de raisonnement (page 297)

Bernard Walliser

I. Recueil des données

II. Définition de concepts

III. Construction de relations

IV. Révélation de mécanismes

V. Test de théories

VI. Reproduction du réel

VII. Élaboration de fictions

VIII. Processus dynamique d’élaboration scientifique

IX. Classification des modes de raisonnement

X. Sciences idiographiques et sciences nomothétiques

XI. Sciences empiriques et sciences théoriques

XII. Sciences qualitatives et sciences formalisées

XIII. Sciences naturelles et sciences sociales

XIV. Les modes de raisonnement en économie

XV. Les typologies disciplinaires et l’économie

XVI. Conclusion

Résumé. Ce chapitre décompose la démarche scientifique en une succession d’étapes, chacune dominée par un mode de raisonnement particulier (analogique, taxonomique, corrélatif, inductif, non monotone, contrefactuel). Puis il examine les diverses typologies des disciplines usuelles (nomothétique/idiographique, empirique/théorique, etc.) à la lumière de l’importance et de l’articulation effectuée sur ces étapes. Enfin, il s’intéresse spécifiquement à l’économie qui présente comme à son habitude des caractères hybrides par rapport aux autres disciplines.

Summary. This chapter decomposes scientific method into a sequence of steps, each dominated by a specific reasoning mode (analogical, taxonomic, correlative, inductive, non-monotonic and counterfactual). It further analyzes the different taxonomies of usual disciplines (nomothetic/idiographic, empirical/theoretical…) with respect to the importance and links between the steps. Finally, it focuses on economics which shows as usual hybrid properties with regard to other disciplines

Chapitre 9 La biodiversité comme thème de philosophie économique (page 319)

Yves Meinard

I. La clarification du statut ontologique de la notion de biodiversité comme exercice de philosophie économique

I.1. La biodiversité n’est pas une propriété observable sur la base du sens commun

II.2. La biodiversité n’est pas une « entité inobservable »

II.3. La biodiversité n’est ni plus ni moins qu’une notion qui sert à donner un sens chargé de valeurs aux problèmes traités par les sciences écologiques

II. L’évaluation de la biodiversité comme problème de philosophie économique

II.1. Pourquoi évaluer l’environnement ?

II.2. L’argument de Sagoff contre l’évaluation économique de l’environnement

II.3. Le problème sous-jacent à l’objection de Sagoff

II.4. Les préférences abstraites : un objet économique

II.5. Décomposer les préférences pour déployer l’information

III. Conclusions

Résumé. La notion de biodiversité est issue de la littérature écologique, mais elle occupe une place importante en économie de l'environnement, et joue un rôle-clef dans les échanges entre scientifiques, décideurs politiques et citoyens. Le rôle joué par cette notion à l'interface entre disciplines et entre sciences et sphère publique est à l'origine de problèmes épistémologiques (relatifs notamment à sa définition) qui créent des blocages concrets pour la recherche en économie (notamment pour les méthodes d'évaluation). Nous proposons une analyse, mariant philosophie et économie, qui permet de clarifier ces problèmes épistémologiques et d'identifier une stratégie de déblocage des problèmes méthodologiques associés.

Abstract. The notion of biodiversity originates from the ecological literature, but it is also largely used in environmental economics, and it plays an important role in interplays between scientific disciplines and between scientists, political decision-makers and citizens. The role played by this notion at the interface between disciplines and between sciences and the public sphere creates epistemological problems (notably concerning the issue of its definition), creating in turn concrete blockages for economic researches (notably concerning valuation methods). We develop an analysis, associating economics and philosophy, which allows for clarifying these epistemological problems and identifying a strategy to solve the associated methodological problems.

Chapitre 10 Modèles et simulations à base d’agents dans les sciences économiques et sociales : de l’exploration conceptuelle à une variété de manières d’expérimenter (page 347)

Denis Phan & Franck Varenne

Introduction. Entre observation méthodique et analyse conceptuelle : une opposition ?

I. Modélisation et expérience

I.1. Les conceptions épistémologiques concernant les modèles scientifiques et analyse conceptuelle : une opposition ?

I.2. Une vision ouverte et pragmatique : le modèle vu comme un construit visant à répondre à une question

I.3. L’« analogie isolante » entre modèles et expériences

I.4. La portée et le sens de la conjecture de Schelling selon Sugden

I.5. Exploration conceptuelle et « validité interne »

I.6. Les modèles comme autant de « mondes crédibles »

II. Modèles, simulations et genres d’empiricité

II.1. Modèles et simulations sur computer : quelques définitions et caractérisations

II.2. Sous-symbolisation et hiérarchie dénotationnelle dans les simulations

II.3. Trois genres de simulations sur computer

II.4. Types d’empiricité des simulations sur computer

II.5. Modèles, simulations et genres d’expériences

III. Conclusion

Résumé. À l’heure où les modèles à base d’agents et les simulations sur ordinateur se multiplient en économie et dans les sciences sociales - comme dans la plupart des sciences ayant pour objet des systèmes complexes -, certaines énigmes épistémologiques (ré)émergent. Nous proposons d’introduire des concepts épistémologiques pouvant servir à déterminer dans quelle mesure exactement les auteurs de ce type de modèles ou simulations ont raison lorsqu’ils se concentrent sur la signification tantôt empirique, tantôt instrumentale, tantôt encore conceptuelle de ces modèles ou simulations. En procédant à des distinctions entre modèle et simulation, puis entre types de modèles, ensuite entre types de simulation sur ordinateur et enfin entre types d’empiricité obtenue par ces différentes simulations sur ordinateur, la section 2 donne la possibilité de mieux comprendre – et ainsi de justifier – la diversité des positions épistémologiques présentées en section 1. Notre thèse finale est que, si l’on cherche à déterminer, pour chaque cas le statut épistémique propre et la crédibilité d’un modèle ou d’une simulation complexe de ce type, une attention soutenue à la multiplicité des pouvoirs dénotationnels des symboles qui y sont à l’œuvre est nécessaire.

Abstract. Now that complex Agent-Based Models and computer simulations spread over economics and social sciences - as in most sciences of complex systems -, epistemological puzzles (re)emerge. We introduce new epistemological concepts so as to show to what extent authors are right when they focus on some empirical, instrumental or conceptual significance of their model or simulation. By distinguishing between models and simulations, between types of models, between types of computer simulations and between types of empiricity obtained through a simulation, section 2 gives the possibility to understand more precisely - and then to justify - the diversity of the epistemological positions presented in section 1. Our final claim is that careful attention to the multiplicity of the denotational powers of symbols at stake in complex models and computer simulations is necessary to determine, in each case, their proper epistemic status and credibility.

Partie III

Philosophie de l’action et théorie de la décision

Chapitre 11 Le rôle de la psychologie dans la théorie néoclassique du consommateur (page 385)

Mikaël Cozic

I. Le marginalisme

I.1. La théorie marginaliste du consommateur

II.1.1. utilité et utilité marginale

I.1.2. L’optimisation et la seconde loi de Gossen

I.1.3. L’hypothèse d’utilité marginale décroissante

I.1.4. Quelques implications de la théorie marginaliste

I.2. Les suppositions sur la mesure de l’utilité

I.2.1. Les types de mesure

I.2.2 La notion de supposition de mesure

I.2.3. Le cardinalisme du marginalisme

I.3. Le cardinalisme et le requisit de bonne fondation

I.4. L’engagement psychologique de la théorie marginaliste

II. L’ordinalisme et les préférences

II.1. Les différentes versions de l’ordinalisme et la signification de l’utilité

II.1.1. L’utilité comme « représentation » des préférences

II.1.2. Interprétations monadique et comparative de l’utilité

II.1.3. Conclusion

II.2. L’interprétation des préférences

II.2.1. Les interprétations mentalistes

II.2.2. Les interprétations comportementales

II.2.3. Quelle est l’interprétation dominante de la théorie ordinaliste ?

II.3. La thèse de dispensabilité

II.3.1. En quel sens peut-on « se passer » d’une utilité cardinale ? 

II.3.2. Utilite marginale décroissante et convexité des préférences

II.3.3. Remarques complémentaires

II.3.4. Conclusion

II.4. La thèse de non-mesurabilité

II.4.1. Un argument en faveur de la thèse de non-mesurabilité

II.4.2. Les préférences comme base exclusive de mesure

II.4.3. Difference de preference, comportement et introspection

II.4.4. Conclusion

II.5. L’utilité passée au rasoir d’Ockham

II.5.1. Les arguments de parcimonie

II.5.2. Parcimonie épistémique et interprétation mentaliste

II.5.3. Parcimonie épistémique et interprétation comportementale

II.6. L’engagement psychologique de la théorie ordinaliste

III. La préférence révélée

III.1. L’axiome faible de la préférence révélée (WARP)

III.1.1. La théorie basée sur WARP

III.1.2. La relation de préférence révélée

III.2.2. L’axiome fort de la préférence révélée

III.3. Commentaires préliminaires sur la TPR

III.3.1. Préférences et préférences (indirectement) révélées

III.3.2. Théorie de la préférence révélée et théorie ordinaliste

III.3.3. L’analyse des « implications empiriques complètes »

III.3.4. Théorie de la préférence révélée et interprétation comportementale de la théorie ordinaliste

III.4. TPR, économie et psychologie

III.4.1. TPR et béhaviorisme

III.4.2. Quel usage faire de la TPR ?

IV. Conclusions

V. Annexes

V.1. Une méthode de mesure de l’utilité des options à partir des préférences

V.2. Quelques propriétés des préférences

V.3. Effet de substitution et matrice de Slutsky

V.4. L’équivalence définitionnelle

Résumé. On considère souvent que, durant la première moitié du XXe siècle, l’économie néo-classique a été marquée par un mouvement de «dé-psychologisation», au terme duquel elle se serait largement émancipée de la psychologie.  L’objectif de ce chapitre est de fournir un examen détaillé de la branche de l’économie qui a joué le rôle principal dans ce mouvement : la théorie du consommateur.  Le chapitre est organisé autour d’une séquence assez conventionnelle, qui distingue trois blocs théoriques et méthodologiques : le marginalisme, l’ordinalisme et la théorie de la préférence révélée. Nous y apprécions chacun de ces blocs en fonction de son «degré d’engagement psychologique». Cela permet de juger si, et surtout, en quel sens, l’économie néo-classique s’est effectivement émancipée de la psychologie. Nous développons prioritairement les thèmes méthodologiques qui, simultanément, éclairent l’évolution historique de la discipline et qui nous semblent jouer un rôle central dans les discussions, très vives, sur la manière dont, aujourd’hui, économie et psychologie doivent s’articuler. C’est particulièrement le cas du statut des fonctions d’utilités, du rôle de l’explication causale des comportements des agents économiques et de l’interprétation du concept de préférences.

Abstract. We consider here the received view, during the first half of twentieth century, that neo-classical economics underwent a process of “de-psychologizing”, at the end of which economics became largely « free » from psychology   The aim of this chapter is to provide a detailed survey of this process, in the branch which played the central role: consumer theory. The chapter is organized around a rather conventional sequence, which identifies three distinct theoretical and methodological components : Marginalism, Ordinalism and the revealed preference theory. We appraise each of these components in terms of their degree of « psychological commitment ». On this basis, we assess whether and (more importantly) in which sense, neo-classical economics has actually « freed » itself from psychology. Priority I given to methodological themes which, simultaneously, shed some light on the historical development of the discipline, and play a central role in the lively debates on the current relationships between economics and psychology.  This is notably the case of the following issues: the status of utility functions, the role of causal explanation of economic agents’ behaviors and the interpretation of the concept of preferences.

Chapitre 12 Agents économiques et rationalité (page 489)

Maurice Lagueux

I. Des agents rationnels, mais en quel sens ?

II. Le rôle de la rationalité en sciences économiques

III. Macroéconomie et rationalité

IV. Rationalité et formalisation mathématique

V. Préférences révélées et réinterprétation de la rationalité

VI. Que reste-t-il de la rationalité en économie évolutionniste ?

Résumé. Si la notion de rationalité occupe une place si importante en épistémologie de l’économie, c’est que, pour expliquer quelque chose dans cette discipline, il faut prêter au moins un minimum de rationalité aux agents économiques. Ce chapitre examine plusieurs exemples de ce mode d’explication tirés de la pensée économique classique et néo-classique et même d’approches plus macroéconomiques. Il montre en quoi les explications de ce type diffèrent radicalement de celles qui ont cours en sciences naturelles et discute la façon dont beaucoup d’économistes se sont employés, avec un succès très relatif, à atténuer cet écart entre ces deux modes d’explication. Enfin, il cherche à voir si et jusqu’à quel point l’intérêt plus récent des économistes pour la biologie évolutionniste aurait pour effet de combler cet écart et de réduire passablement le rôle de la rationalité.

Abstract. The notion of rationality holds a very important place in the methodology of economics because, in order to explain something in this discipline, one must postulate that economic agents are rational, at least minimally. This chapter considers many examples of this type of explanation drawn from classical and neo-classical economic thought, and even from more macroeconomic approaches. It shows in what ways explanations of this type are radically different from those commonly used in the natural sciences and it discusses how many economists attempted, with very limited success, to reduce the gap between these two modes of explanation. Finally, it attempts to see whether and to what extent economists’ more recent interest in evolutionary biology might bridge this gap and downplay the role of rationality significantly.

Chapitre 13 Théorie des jeux et analyse  économique des institutions (page 503)

Cyril Hédoin

I. Les institutions et le problème de l’indétermination en théorie des jeux

II. Théorie des jeux et institutions : l’approche « évolutionniste »

II.1. L’approche évolutionniste : une caractérisation formelle

II.2. L’émergence des points focaux

III.3. La coévolution institutions/préférences

III. Théorie des jeux et institutions : l’approche « épistémique »

III.1. L’approche épistémique : une caractérisation formelle

III.2. Croyances culturelles et organisation des échanges

III.3. Communauté, saillance et suivi de règle

IV. Théorie des jeux, histoire et individualisme méthodologique

IV.1. Théorie des jeux, institutions et relation théorie/histoire

IV.2. Le statut de l’individualisme méthodologique

V. Conclusion

Résumé. Les institutions constituent aujourd’hui un objet d’étude à part entière de l’analyse économique. La théorie des jeux est le principal outil mobilisé par les économistes pour en rendre compte, souvent en association avec des approches statistiques ou historiques. Dans cet article, nous revenons sur les implications ontologiques et les enjeux méthodologiques qui résultent de l’utilisation de la théorie des jeux pour étudier les institutions. On distingue deux approches génériques : une approche « évolutionniste » et une approche «épistémique». Tandis que la première s’intéresse essentiellement aux mécanismes d’émergence et d’évolution des institutions, la seconde porte davantage sur les mécanismes qui sous-tendent leur fonctionnement. Ces deux approches sont largement complémentaires même si dans les faits leur articulation reste encore largement à mettre en œuvre. On revient également brièvement sur les implications pour deux problèmes plus généraux et centraux en sciences sociales : l’articulation entre modèles théoriques et histoire et le statut de l’individualisme méthodologique.

Abstract. Institutions are now fully recognized as an object of study for economics and game theory is the main tool used by economists in this perspective. This article deals with the ontological implications and the methodological issues that arise from the use of game theory to study institutions. Two broad approaches are distinguished: an “evolutionary” on the one hand, an “epistemic” approach on the other hand. While the former essentially deals with the mechanisms responsible for the emergence and the evolution of institutions, the latter is more focused on the mechanisms that explain their functioning. Though in practice there are few if any work that combine them effectively, these two approaches are in principle complementary. I also discuss two related and more general points that are of special interest for the social sciences: how to articulate theoretical models with historical accounts in the study of institutions; what is the status of methodological individualism in the game-theoretic study of institutions?

Chapitre 14 Les normes et la philosophie économique (page 549)

Emmanuel Picavet

I. Situer la référence aux normes en philosophie économique

I.1. L’idée de norme et le discours de l’économie

I.2. Les normes, entre attentes et conséquences

I.3. Deux rôles pour les normes

I.4. Information et normes du jugement

II. L’imbrication des valeurs, des intérêts et des normes dans la délibération

II.1. La légitimité des intérêts

II.2. Reconnaissance des normes et validation des intérêts

III. Les normes et l’encadrement institutionnel

III.1. L’interprétation des normes dans le jeu institutionnel

III.2. L’établissement d’une normativité dans la coordination ou la coopération

III.3. Normes économiques et logiques de l’endossement

V. Conclusion

Résumé. La philosophie économique examine la nature et la valeur des normes telles qu’elles sont produites, défendues et mises en œuvre dans les domaines qui sont traversés par les problématiques  économiques. Autour de la question des normes se nouent certaines des dimensions essentielles de toute option consistante en philosophie économique. C'est le cas pour l'articulation entre la compréhension des actions à encadrer par des normes et l’analyse des institutions, pour le rapport entre la justification des normes et l’explication des mécanismes sociaux, comme pour l’union  de la prescription en économie et des normes de rationalité, d’efficacité et de justice.

Summary. Economic philosophy examines the nature and value of norms as they are produced, vindicated and implemented in economic settings. Several essential dimensions of any consistent position in economic philosophy have the question of norms at their centerpiece. Such is the case when it comes to bridging the gap between the understanding of norm-regulated actions and the analysis of institutions. The same holds for the connection between the explanation of social mechanisms and the justification of norms.  In addition, economic prescription is deeply associated with norms of rationality, efficiency and justice.

Chapitre 15 Philosophie de la finance : l’exemple de l’efficacité informationnelle d’un marché (page 579)

Christian Walter

I. Problèmes de définition

I.1. Efficacité ou efficience ?

I.2. L’évolution des définitions descriptives

I.2.1. Trois histoires intellectuelles de longue durée

I.2.2. Un basculement épistémologique

II. Les définitions descriptives de l’efficacité informationnelle

II.1. Définitions anciennes et « à l’ancienne »

II.2. Les définitions modernes

III. Problèmes de vérification

III.1. Un exemple introductif : la juste valeur

III.1.1. La juste valeur d’un actif

III.1.2. La non-réfutabilité de l’efficacité informationnelle

III.2. Les hypothèses auxiliaires

III.2.1. Les quatre causes de l’efficacité informationnelle

III.2.2. L’hypothèse auxiliaire du rendement attendu

III.2.3. L’hypothèse auxiliaire de la morphologie du risque

III.3. Un programme de recherche

III.3.1. Valeur fondamentale et bulles spéculatives

III.3.2. Stratagèmes conventionnalistes

IV. Une convention stochastique

IV.1. Un énoncé performatif ?

IV.2. Une convention ?

Annexe. L’intuition de la représentation martingale

Résumé. Ce chapitre présente la notion d’efficacité informationnelle d’un marché avec l’objectif d’intégrer à la réflexion philosophique quelques-uns des concepts de la théorie financière actuelle et des problèmes qu’ils continuent à poser aujourd’hui, à la fois aux professionnels qui tentent de les utiliser et à la société qui subit une financiarisation apparemment sans limite. La première partie est une histoire philosophique des idées. On aborde la question des définitions conceptuelles de l’efficacité informationnelle, en posant quelques balises historiques sur la longue durée de cette notion et en en montrant ses variations polysémiques. En particulier, on insiste sur le basculement définitionnel des années 1980. La seconde partie est une épistémologie de cette notion. On s’intéresse à sa non-réfutabilité en mobilisant le critère de Hempel et en décrivant les hypothèses auxiliaires qui défendent l’énoncé théorique principal, tel le fonctionnement d’un programme de recherche au sens de Lakatos. L’exemple discuté des bulles spéculatives amène à poser la question de l’existence de stratagèmes conventionnalistes selon les termes de Popper. En conclusion sont proposées quelques réflexions sur la domination de la représentation théorique de l’efficacité informationnelle et la manière dont cet énoncé a progressivement transformé le monde financier.

Abstract. This chapter aims at introducing the concept of « Informationally Efficient Market » with the intent to set in the frame of economic philosophy some notions actually present in contemporary finance theory and some issues still at stake to our days, both in the financial industry that attempts at making the best use of these concepts and in the general public that undergo a seemingly boundless financialization of their lives. The first section deals with a philosophical history of such ideas. The issue dealt with is how to find a scientific statement of informational efficiency, while putting forth some historical long-run landmarks related to this concept and while displaying its many-faceted variations in meaning. We shall in particular insist on the definitional change that occurred in the 1980s. The second section deals with the epistemology, again in relationship with the same idea. It is considered with regard to its non-refutability, using Hempel’s criterion, and while we describe necessary auxiliary hypotheses that underlie its main theoretical assessment – much in the sense of Lakatos’ famous notion of a “research-program”. As an example, we discuss the case of speculative bubbles, leading to the issue whether “conventionalist stratagems” (Popper) do exist. To conclude, we shall reflect upon the predominance of a theoretical stand about information efficiency over all the rest and the way in which this assessment gradually changed the world of finance.

Annexe Éléments pour une histoire récente de la philosophie économique francophone (page 627)

Gilles Campagnolo, Jean-Sébastien Gharbi et Pierre Livet

Les contributeurs (page 633)

Entretien avec Gilles Campagnolo, paru dans La Tribune, 27 février 2017.

Voir la recension de Marc Goetzmann sur Implications philosophiques (4 septembre 2017).

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Recension du livre dans "History of Economic Thought and Policy", 2-2017