Mεtascience n° 1-2020 Mario Bunge penseur de la matérialité

Sous la direction de François Maurice

27,00 €

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Ce numéro inaugural de la revue Mεtascience est aussi un numéro spécial puisqu’il rend hommage à Mario Bunge (1919-2020) pour souligner son apport à la connaissance et notre filiation avec sa pensée. Le projet de Mario Bunge s’inscrit dans la tradition humaniste et scientifique des Lumières. Au terme de son voyage intellectuel, il a écrit plus de 150 ouvrages et 540 articles ou chapitres, incluant les traductions dans plusieurs langues. L’œuvre couvre presque toutes les branches de la philosophie, de l’ontologie à l’éthique, en passant par la sémantique, l’épistémologie, la méthodologie, la praxéologie et l’axiologie, ainsi qu’un grand nombre de disciplines scientifiques, allant de la physique à la sociologie, en passant par la chimie, la biologie et la psychologie. Sans contredit, le magnum opus de Bunge est le Treatise on Basic Philosophy en neuf volumes (1974-1989).

Les treize contributions réunies ici proviennent d’auteurs de différents horizons. Tout comme le projet de Bunge, elles ne s’inscrivent ni dans la mouvance analytique ni dans la mouvance continentale de la philosophie. Nous trouvons des études sur le système bungéen, des applications de la pensée bungéenne, des réflexions et des témoignages, et des contributions métascientifiques.

Du point de vue de la métascience telle que théorisée dans ces pages, Bunge est le dernier des philosophes et le premier métascientifique. Il garde de la philosophie l’idée d’un système complet qui intégrerait sémantique, ontologie, épistémologie, éthique, axiologie et praxéologie, mais il refuse de problématiser la connaissance scientifique de façon traditionnelle. Le résultat à de quoi surprendre : même en acceptant la science telle qu’elle est, il trouve matière à questionnement.

Puisse Mεtascience être un lieu de questionnement et de déploiement de l’approche conçue par Mario Bunge.

Auteurs Normand Baillargeon, Mario Bunge, Ricardo Gómez, Laurent Jodoin, Ivan Maffezzini, Louis Marchildon, Luis Marone , Jean-Pierre Marquis, François Maurice, Roberto Miguelez, Martin Orensanz, Jean Robillard, Eduardo R. Scarano
Titre Mεtascience n° 1-2020
Sous-titre Mario Bunge penseur de la matérialité
Édition 1re
Date de publication Juillet 2020
Sous la direction de François Maurice
Traduction François Maurice
ISBN 978-2-37361-232-5
eISBN 978-2-37361-233-2
Support papier
EAN13 Papier 9782373612325
EAN13 PDF 9782373612332
Nombre de pages 320
Nombre de figures 8
Dimensions 16 x 24 cm
Prix livre papier 27 €

Avertissement de l’éditeur (page 3)

Présentation. Mεtascience et l’alternative Bunge, François Maurice (page 5)

La solution bungéenne

Le rôle de Sopromet et de Mεtascience

Pour la petite histoire

Introduction. Le projet de Mario Bunge, François Maurice  (page 15)

Le projet d’une vie

Lecture de l’œuvre

Les contributions

Etudes sur le système de Bunge

Applications ou extensions de la pensée bungéenne

Réflexions et témoignages

Contributions métascientifiques

1. Etudes sur le système de Bunge

Métascience : pour un discours général scientifique, François Maurice (page 31)

Résumé — L’humain produit des discours sur le monde : mythologies, religions, mysticismes, philosophies, science. La majorité de ses discours sont de nature transcendante. À la suite d’un clarification conceptuelle fondée sur les notions de réflexion et de discours général, la philosophie apparaît comme un discours général transcendant parmi d’autres ; d’où l’échec de celle-ci à rendre compte du monde et de la science ; d’où la nécessité de disposer d’un discours général non transcendant, un discours général proprement scientifique, une métascience. À la lumière des frontières ainsi redéfinies, il sera proposé de fonder la métascience sur une interprétation de l’œuvre de Mario Bunge. Cette interprétation se fonde sur un ensemble de postulats généraux auxquels Mario Bunge adhère et tenus pour acquis par les scientifiques. Il est proposé que soutenir un tel ensemble de postulats sans les problématiser à la manière des philosophes, fait en sorte que la pensée de Bunge ne relève plus de la philosophie.

Abstract — Human produces discourses on the world: mythologies, religions, mysticisms, philosophies, science. The majority of those discourses are transcendent in nature. Following a conceptual clarification based on the notions of reflection and general discourse, philosophy appears as a transcendent general discourse among others; hence the failure of the latter to account for the world and science; hence the need for a non-transcendent general discourse, a properly scientific general discourse, a metascience. In light of these redefined boundaries, it will be proposed to base metascience on an interpretation of Mario Bunge’s work. This interpretation is based on a set of general postulates that Mario Bunge adheres to and taken for granted by scientists. It is proposed that supporting such a set of postulates without problematizing them in the manner of the philosophers, makes Bunge’s thinking no longer philosophical.

1] Discours généraux

1.1] Réflexion, méthode et discours généraux

1.2] Réflexion et philosophie

1.3] Réflexion transempirique

1.4] Transcendance philosophique

1.5] Une crise de la philosophie ?

2] Discours général scientifique

2.1] Postulats généraux et réflexion

2.2] Contribution de la philosophie à la métascience

2.3] Caractérisation de la métascience

2.4] Classification des métasciences

2.5] Disciplines non métascientifiques

2.6] Une communauté de métascientifiques

2.7] Bunge comme alternative

Le monde selon Bunge : de la méthode au modèle à la réalité, Jean Robillard (page 79)

Résumé — Deux idées centrales sont défendues dans cet article. La première concerne les liens entre les concepts de matérialisme émergentiste et de réalisme critique dans la métaphysique bungéenne. Je défends la thèse que le réalisme critique bungéen doit intégrer épistémologiquement celui de matérialisme afin de se développer en tant que doctrine méthodologique. J’y analyse ce que je considère être les fondements de la méthode de la construction de cette même métaphysique, soit l’affirmation du postulat de l’extériorité du monde concret et son rôle dans la méthode en question. La seconde thèse a pour objet une analyse de cette méthode au moyen de l’étude que j’y fais des concepts ontologiques bungéens d’objet, de substance et de propriétés objectales. Je compare ensuite cette méthode à certains aspects de la philosophie des mathématiques et en particulier au rôle attribué dans cette même philosophie à la méthode axiomatique en tant que méthode de construction théorique et de preuve. Je conclus en une certaine circularité de l’argument qui justifie le réalisme critique à partir du postulat ontologique de l’extériorité du monde concret.

Abstract — Two central ideas are defended in this article. The first concerns the links between the concepts of emergent materialism and critical realism in Bungean metaphysics. I defend the thesis that Bungean critical realism must epistemologically integrate that of materialism in order to develop as a methodological doctrine. I analyze what I consider to be the foundations of the method of the construction of this same metaphysics, namely the affirmation of the postulate of the exteriority of the concrete world and its role in the method in question. The second thesis aims to analyze this method by means of my study of Bunge’s ontological concepts of object, substance and properties. I then compare this method to certain aspects of the philosophy of mathematics, and in particular to the role attributed in this same philosophy to the axiomatic method as a method of theoretical construction and proof. I conclude in a certain circularity of the argument that justifies critical realism on the basis of the ontological postulate of the exteriority of the concrete world.

1] Matérialisme et réalisme

1.1] Objet et sujet

1.2] Réalisme critique et matérialiste

2] La méthode bungéenne de construction de la métaphysique scientifique

2.1] Théorie de l’objet concret : substance et propriétés

2.2] Philosophie de l’axiomatisation

2.3] La méthode de l’analyse des niveaux multiples de la réalité

3] Conclusion

2. Applications ou extensions de la pensée bungéenne

Sur les types de problèmes rencontrés en science, en technologie et dans les professions : fondements d’une politique scientifique, Luis Marone (page 105)

Résumé — La science, la technologie et les professions forment un système de fortes interactions. Pourtant, ces activités s’attaquent à différents types de problèmes qui nécessitent différentes solutions. Les problèmes qui aiguillonnent la recherche scientifique et technologique demeurent insuffisamment résolus ou non résolus, donc leurs possibles solutions doivent être inventées (c.-à-d. qu’elles sont partiellement ou totalement originales) et, par conséquent, elles doivent être testées contre la réalité par les chercheurs avant de les considérer comme vraies ou utiles. Par contre, les problèmes qui aiguillonnent une investigation professionnelle sont déjà résolus ou une solution partielle est disponible sous la forme d’un protocole technique. Cette solution est appliquée avec prudence sans être testée (c’est-à-dire que le professionnel suppose que la solution fonctionne parce qu’elle a déjà été mise à l’épreuve par les chercheurs). De plus, la science et la technologie s’attaquent à des problèmes inverses non résolus, ce qui permet l’avancement radical des connaissances par de véritables innovations. Une politique scientifique fondée sur une distinction claire entre les activités créatives et les activités routinières (c.-à-d. une politique respectueuse de la créativité) offre à la société la possibilité d’un développement économique et intégral à valeur ajoutée.

Abstract — Science, technology, and professions form a system with strong interactions. Yet, these activities attack different kinds of problems which require different kinds of solutions. The problems that trigger scientific and technological research remain insufficiently solved or unsolved, therefore their possible solutions must be invented (i.e. they are partially or totally original) and, consequently, they should be tested against reality by researchers before considering them as true or useful. On the contrary, the problems that trigger professional inquiry are already solved, or have at least some partial solution at hand that is available in the form of a technical protocol. This solution is applied with caution but without testing (i.e. the professional assumes that the solution works because it was already challenged by researchers). Moreover, science and technology tackle unsolved inverse problems, which allow the radical advancement of knowledge, and genuine innovation. A science policy based on a clear distinction between creative and routine activities (i.e. a creatively friendly policy) offers an opportunity for societies to reach value-added innovative economic and integral development.

1] Les problèmes en science, en technologie et dans les professions

2] Problèmes directs et problèmes inverses

3] La science et la technologie s’attaquent à des problèmes inverses pour concevoir des inventions radicales

4] Étude de cas : la médecine translationnelle

5] Conclusion

L’approche inverse dans les technologies, Eduardo Scarano (page 121)

Résumé — Mario Bunge souligne que la technologie est fondamentalement liée à la science et à sa méthode, autrement il s’agirait d’une technique pure. Mais il souligne également qu’elle ne se réduit pas à la science, car elle intègre d’autres éléments. Il est particulièrement préoccupé par l’étude du lien entre technologie et science. Sur la base de leur caractérisation, ces autres éléments sont explorés – l’approche inverse. Cette perspective permet une caractérisation épistémologique plus approfondie des technologies.

Abstract — Mario Bunge remarks that technology is essentially connected with science and its method, otherwise it would be pure technique. But he also points out that it is not reduced to science because it incorporates other components. He was especially concerned with investigating the connection between technology and science. Based on their characterization, these other components are explored—the inverse approach. This perspective allows a more detailed epistemological characterization of the technologies.

1] La technologie réduite à la science : John Stuart Mill

2] La technologie chez Bunge

2.1] Conception et planification

2.2] L’étude scientifique de l’artificiel : la technologie

3] L’approche inverse dans les technologies

4] Singularités méthodologiques

5] Remarques

Génie logiciel et ontologies, Ivan Maffezzini (page 137)

Résumé — La description en langue naturelle est l’artefact permettant de débuter un processus d’automatisation. La tâche principale de l’ingénieur du logiciel, c’est de combler le clivage entre langue naturelle et langue de la machine. Après avoir présenté quelques ontologies définies pour les processus d’automatisation, quelques pour et quelques contre l’emploi d’ontologies dans le génie logiciel sont présentées. Des indications pour dépasser cette simple opposition sont ensuite décrites. Des évaluations sur le réductionnisme dans les ontologies en ce qui concerne les possibles interactions entre humains, machines et réalité muette terminent la présentation.

Abstract — The natural language description is the artefact at the beginning of the automation process. To fill the gap between natural language and the machine language is the software engineer’s main task. After the presentation of some ontologies defined for the automatization process, we describe some pros and cons for having recourse to ontologies in software engineering. A direction to get past this simple opposition is presented. The final part presents a qualitative measure of the ontology’s reductionism needed for the interaction between humans, machines and wordless reality.

1] Introduction

1.1] Captatio benevolentiae

1.2] Terminologie

1.3] Langue naturelle et génie logiciel

2] Ontologies

2.1] En faveur des ontologies en GL

2.2] Contre les ontologies en GL

2.3] Au-delà de « pour et contre »

2.3.1] Machine-humain

2.3.2] Machine-machine

2.3.3] Machine-nature

3] Une espèce de conclusion

4] Conclusion teintée de philosophie

Critique bungéenne de la réflexion de Meillassoux sur les mathématiques, Martín Orensanz (page 159)

Résumé — Quentin Meillassoux est l’un des principaux philosophes français d’aujourd’hui. Son premier livre, Après la finitude. Essai sur la nécessité de la contingence (2006,  traduit en anglais en 2008), est déjà un classique. Il comporte une préface de son ancien mentor, Alain Badiou. L’un des principaux objectifs de Meillassoux est de réhabiliter la distinction entre qualités premières et qualités secondes, typique des philosophies prékantiennes. Plus précisément, il affirme que les mathématiques sont capables de révéler les qualités premières de tout objet : « Tout ce qui de l’objet peut être formulé en termes mathématiques, il y a sens à le penser comme propriété de l’objet en soi. » Nous allons utiliser la philosophie mathématique de Bunge pour remettre en question l’hypothèse précédente.

Abstract — Quentin Meillassoux is one of the leading French philosophers of today. His first book, Après la finitude: Essai sur la nécessité de la contingence, (2006, translated into English in 2008), has already become a cult classic. It features a préface by his former mentor, Alain Badiou. One of Meillassoux’s main goals is to rehabilitate the distinction between primary and secondary qualities, typical of pre-Kantian philosophies. Specifically, he claims that mathematics is capable of disclosing the primary qualities of any object: “all those aspects of the object that can be formulated in mathematical terms can be meaningfully conceived as properties of the object in itself”. Here we will use Bunge’s philosophy of mathematics in order to challenge the preceding assumption.

1] La philosophie des mathématiques de Meillassoux dans Après la finitude

2] Brève histoire des géométries non euclidiennes

3] La philosophie des mathématiques de Bunge

4] Conclusion

Mario Bunge : l’épistémologie est là pour de bon, Ricardo J. Gómez (page 177)

Résumé — Cette étude défend l’idée que, contrairement à l’opinion de Latour sur la nécessité de laisser de côté l’épistémologie pour traiter de tout ce qui a de la valeur pour la science, Mario Bunge a systématiquement construit une épistémologie détaillée et approfondie. La stratégie argumentative consistera à montrer (a) qu’il est faux que nous n’avons jamais été modernes (b) que l’épistémologie est là pour de bon et (c) que Mario Bunge soutient un réalisme scientifique fort, une version du matérialisme, du systémisme et de l’émergentisme, comportant une dimension morale (il existe des valeurs objectives comme la vérité, la paix et la justice qui méritent d’être étudiées). Ensuite, le réalisme de Bunge rejette la neutralité axiologique rendant les scientifiques responsables de leurs actions. Bunge a toujours été moderne et continue à enrichir ses propres positions.

Abstract — The main claim of this study is that, contrary to Latour’s view about the need to leave aside epistemology to deal with anything valuable about science, Mario Bunge has consistently built up a detailed and thorough epistemology. The argumentative strategy will be to show that (a) it is not true that we have never been modern (b) epistemology is here to stay, and (c) Mario Bunge endorses a strong scientific realism, a brand of materialism, systemism and emergentism, including a moral dimension (there are objective values like, truth, peace and justice that deserve to be respected). Then, Bunge’s realism rejects axiological neutrality making scientists responsible for their actions. Bunge has always been modern and keeps enriching his own views.

1] Équivocité du terme « modernité »

2] La peine capitale pour l’épistémologie

2.1] Latour sur la relativité restreinte

3] Mario Bunge : le contre-penseur de Nous n’avons jamais été modernes

3.1] Le réalisme bungéen

3.2] Le réalisme bungéen et la mécanique quantique

3.3] Le réalisme axiologique et pratique

3.4] Brève réflexion sur la technologie et la responsabilité humaine

4] Le réalisme moral bungéen : le noyau dur du progrès épistémologique

5] Le réalisme moral comme fondement critique de la théorie du choix rationnel

L’objectivité scientifique à l’heure de la post-vérité, Laurent Jodoin (page 199)

Résumé — L’objectivité permettrait d’assurer la supériorité de la science par rapport à d’autres modes de connaissance. Elle doit donc être défendue, surtout en cette « ère de post-vérité » où les « faits alternatifs » remplacent les faits avérés, en politique comme ailleurs. Or les attaques proviennent autant de l’extérieur que de l’intérieur de la sphère philosophique. Il convient donc de tenter d’opérer la réconciliation la plus large possible avec deux représentants de clans (très) opposés, Mario Bunge et Bruno Latour. Réinvestissant les grandes conceptions de la notion d’objectivité, je propose ici trois chantiers pour cette réconciliation : la mise au rancart des conceptions naïves et parfois insincères de la science, la réévaluation des contextes de découverte et de justification, et celle de la distinction faits-valeurs.

Abstract — Objectivity is supposed to guarantee the superiority of science over other modes of knowledge. It must therefore be defended, especially in this “post-truth era” where “alternative facts” replace actual facts, in politics as elsewhere. But the attacks come as much from outside as from inside the philosophical sphere. It is thus necessary to try to achieve the widest possible reconciliation with two representatives of (very) opposite sides, Mario Bunge and Bruno Latour. Reinvesting the major conceptions of the notion of objectivity, I propose here three projects for this reconciliation : the dismissal of naive and sometimes insincere conceptions of science, the reassessment of the contexts of discovery and justification, and that of the facts-norm distinction.

1] Le litige

2] Bunge et l’objectivité scientifique

3] Latour et l’objectivité à reconstruire

4] Une réconciliation ?

3. Réflexions et témoignages

Critique destructive et constructive, Mario Bunge (page 223)

Résumé — Chez les scientifiques, la plupart des critiques sont constructives, alors qu’elles sont destructrices chez les humanistes. En effet, les scientifiques font circuler leurs brouillons entre collègues et étudiants, dans l’espoir de recueillir leurs commentaires et suggestions avant de soumettre leurs travaux à la publication. En revanche, les philosophes et les penseurs politiques attaquent leurs rivaux à coup d’arguments ad hominem et d’insultes. La raison de cette différence est que les scientifiques recherchent la vérité, alors que la plupart des humanistes se battent pour des causes plus ou moins nobles, allant de la promotion de leur propre programme à la participation à des croisades pour ou contre la rationalité, le réalisme, la justice ou autre.

Abstract — In the scientific communities most criticisms are constructive, while they are destructive in the humanistic circles. Indeed, scientists circulate their drafts among colleagues and students, hoping to elicit their comments and suggestions before submitting their work to publication. In contrast, philosophers and political thinkers attack their rivals, without sparing arguments ad hominem or even insults. The reason for this difference is that scientists are after the truth, whereas most humanists fight for more or less noble causes, from swelling their own curricula to joining crusades for or against rationality, realism, justice, or what have you.

Le métier de philosophe : sous le mode du témoignage, Roberto Miguelez (page 227)

Résumé — S’inspirant de Memorias. Entre dos mundos, ce texte se veut un témoignage et des commentaires de la perspective pédagogique développée par Mario Bunge dans le cadre de son enseignement de philosophie des sciences à l’Université de Buenos Aires dans les années soixante du siècle dernier. Perspective socratique du métier de philosophe qui ne renvoie cependant pas à une entreprise de dévoilement de la vérité, mais plutôt aux conditions de sa construction.

Abstract — As a tribute to Mario Bunge, this article takes its inspiration from Memorias. Entre dos mundos. It discusses the pedagogical perspective which Mario Bunge developed in his course “Philosophy of Science” at the University of Buenos Aires in the decade of the 60’s of the last century. It is a Socratic perspective of the métier de philosophe not to reveal truth but rather to explore the conditions for the possibility of its construction.

Les lumières de Mario Bunge : pour la méthode, Jean-René Roy & Normand Baillargeon (page 247)

Résumé — Ce texte est le fruit d’une collaboration entre un astrophysicien, Jean-René Roy, et un philosophe de l’éducation, Normand Baillargeon. Ils ont en commun d’avoir été marqués par la fréquentation des œuvres de Mario Bunge, auxquelles ils attachent un grand prix, sur un plan personnel, d’abord, mais aussi, et c’est ce qu’ils veulent rappeler dans ces pages : parce qu’ils estiment que les œuvres de Bunge contribuent de manière extrêmement forte et positive à rendre plus salubre la vie de l’esprit, en enrichissant notre intellect et en luttant contre diverses formes troublantes d’obscurantisme qui y sévissent parfois, notamment dans les domaines familiers aux deux auteurs.

Abstract — This essay is a collaborative work between an astrophysicist, Jean-René Roy, and a philosopher of education, Normand Baillargeon. The views and assessments of Mario Bunge have personally influenced the authors. In addition, they considered that Bunge’s assessments of are faithful and fair descriptions of the postulates and processes of contemporary sciences ; Bunge’s reflections can also be useful guides in the day-to-day conduct of scientific research. In education, Bunge’s writings and his assertive positions contribute in a powerful and constructive manner to make intellectual life serene and open, while enriching the intellect and sharpening the mind and in fending off various forms of obscurantism that pertains to the areas of study familiar to the authors.

1] Les scientifiques, des philosophes qui s’ignorent ?

2] Comment le scientifique philosophe-t-il sans le vouloir et sans le savoir ?

3] Des scientifiques se métamorphosent en philosophes…

4] … et d’autres déraillent

5] Comment Bunge aide-t-il la recherche ?

6] Bunge et l’éducation au Québec

7] Comment philosophes et scientifiques peuvent-ils s’inspirer mutuellement ?

4. Contributions métascientifiques

La réalité face à la théorie quantique, Louis Marchildon (page 271)

Résumé — Tous les chercheurs intéressés aux fondements de la théorie quantique s’entendent sur le fait que celle-ci a profondément modifié notre conception de la réalité. Là s’arrête, toutefois, le consensus. Le formalisme de la théorie, non problématique, donne lieu à plusieurs interprétations très différentes, qui ont chacune des conséquences sur la notion de réalité. Cet article analyse comment l’interprétation de Copenhague, l’effondrement du vecteur d’état de von Neumann, l’onde pilote de Bohm et de Broglie et les mondes multiples d’Everett modifient, chacun à sa manière, la conception classique de la réalité, dont le caractère local, en particulier, requiert une révision.

Abstract — All investigators working on the foundations of quantum mechanics agree that the theory has profoundly modified our conception of reality. But there ends the consensus. The unproblematic formalism of the theory gives rise to a number of very different interpretations, each of which has consequences on the notion of reality. This paper analyses how the Copenhagen interpretation, von Neumann’s state vector collapse, Bohm and de Broglie’s pilot wave and Everett’s many worlds modify, each in its own way, the classical conception of reality, whose local character, in particular, requires revision.

1] Le problème de la mesure

1.1] Espace d’états

1.2] Grandeur physique

1.3] Règle de Born

1.4] Évolution temporelle

2] L’interprétation de Copenhague

3] L’effondrement

4] L’onde pilote

5] Les mondes multiples

6] Les corrélations à distance

7] Conclusion

Vérité partielle et réalisme scientifique : une approche bungéenne, Jean-Pierre Marquis (page 293)

Résumé — Le réalisme scientifique occupe une place centrale dans le système philosophique de Mario Bunge. Au cœur de cette thèse, on trouve l’affirmation selon laquelle nous pouvons connaître le monde partiellement. Il s’ensuit que les théories scientifiques ne sont pas totalement vraies ou totalement fausses, mais plutôt partiellement vraies et partiellement fausses. Ces énoncés sur la connaissance scientifique, à première vue plausible pour quiconque est familier avec la pratique scientifique, demandent néanmoins à être clarifiés, précisés et, ultimement, à être inclus dans un cadre théorique plus large et rigoureux. Depuis ses toutes premières publications sur ces questions et jusqu’à récemment, Mario Bunge n’a cessé d’interpeller les philosophes afin qu’ils développent une théorie, au sens propre du terme, de la vérité partielle afin de clarifier les enjeux épistémologiques liés au réalisme scientifique. Bunge a lui-même proposé plusieurs parties de cette théorie au fil des années, mais aucune de ces propositions ne l’a satisfait pleinement et la construction de cette théorie demeure un problème entier. Dans ce texte, nous passerons rapidement en revue certaines des approches proposées par Bunge dans ses publications et nous esquisserons certaines pistes qui devraient servir à tout le moins de desiderata pour la construction d’une théorie de la vérité partielle.

Abstract — Scientific realism is central in Bunge’s philosophical system. At the core of this thesis, one finds the claim that the world can partially be known. Thus, scientific theories cannot be totally true or totally false, they are at best partially true and partially false. These claims, although obvious for anyone familiar with scientific practice, needs to be clarified, developed and ultimately included in a larger and rigorous theoretical framework. Bunge has always challenged philosophers to build a theory of partial truth. He has himself, from the very beginning, proposed various formal approaches, but none of them satisfied him and the construction of that theory remains an open problem. In this paper, we will quickly go over some of the proposals made by Bunge and we will suggest some directions the development of such a theory might take.

1] Le réalisme scientifique selon Bunge

2] La vérisimilitude et la vérité partielle : deux approches distinctes

3] Les différentes formalisations de la vérité partielle offertes par Bunge

4] Le design d’une théorie de la vérité partielle : les desiderata

5] Le design d’une théorie de la vérité partielle : le plan général

6] Conclusion

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